Saint Georges de Lydda - Miniature tirée d'un Livre d'Heures d'Anne Boleyn - XVIème siècle
Saint Georges de Lydda - Miniature tirée d'un Livre d'Heures d'Anne Boleyn - XVIème siècle

Saint Georges de Lydda – Miniature tirée d’un Livre d’Heures d’Anne Boleyn – XVIème siècle

Saint Georges est né à Lydda en Palestine entre 275 et 285. Tribun militaire et comte de l’empereur, il était un intime de Dioclétien à la cour impériale de Nicomédie. Lorsque Dioclétien publie  le premier édit de persécution des chrétiens, le 24 février 303, Georges se déclare ouvertement et courageusement chrétien, ce qui a pour effet de bouleverser l’empereur, qui l’aimait. En dépit de nombreuses propositions de Dioclétien en terres, argent et esclaves s’il sacrifiait aux idoles, Georges refuse de renier le Christ. Il est emprisonné et subit diverses tortures (dont des lacérations par une roue hérissée d’épées, dont il fallut le ranimer trois fois) avant d’être finalement décapité sous les murailles de Nicomédie le vendredi 23 avril 303 et fut l’une des premières victimes de la terrible persécution.

Sous Constantin eut lieu la translation solennelle du corps de saint Georges jusqu’à sa ville de Lydda en Palestine, où l’empereur lui avait élevé une église magnifique dont les encénies furent célébrées un 3 novembre. La renommée de saint Georges, modèle du courageux soldat chrétien se répandit rapidement dans tout l’univers chrétien, aussi bien en Orient qu’en Occident. Déjà au Vème siècle, le pape saint Gélase Ier avait déclaré que Georges faisait partie de ces saints dont les noms sont justement révéré chez les hommes, mais dont les actions ne sont connues que de Dieu.

Saint Georges est le saint patron de la Georgie, de l’Ethiopie, de l’Angleterre, du Portugal, de la Bourgogne, de l’Aragon, de la Catalogne, de Gênes, de Venise, de Barcelone, etc. Il est le patron d’un très grand nombre de lieux, d’églises et d’organisations (dont les scouts). Très vénéré en Russie, saint Georges à cheval figure sur les armoiries de la Moscovie, reprises sur les armoiries impériales et désormais sur les nouvelles armes de la Russie.

Cette miniature est tirée des collections royales d’Angleterre, pays placé sous le patronage de saint Georges. Le manuscrit qui la contient est conservé à la British Library de Londes, sous la côte MS King’s 9, au f°. 41 verso. Il s’agit d’un livre d’Heures à l’usage de Sarum, la moderne Salisbury, dont la liturgie brillante s’était largement diffusée dans l’Angleterre catholique à la fin du Moyen-Age. Néanmoins l’écriture de ce manuscrit et la peinture de ses miniatures ont été réalisées à Bruges, au Pays-Bas, au tout début du XVIèmesiècle.

Le premier propriétaire du manuscrit fut Henry Reppes († 1558), de Mendham (Suffolk) et sa première épouse Elizabeth. Ce manuscrit fut ensuite offert par le roi Henri VIII d’Angleterre à sa seconde épouse Anne Boleyn, ainsi que l’atteste une dédicace du roi faite en vieux français au folio 231 v° : « Si silon mon affection la sufvenance sera en voz prieres ne seray yers oblie car vostre suis Henry R. a jammays. » (« Si tu te souviens de mon amour dans tes prières aussi fort que je t’adore, je serai à peine oublié, car je suis à toi ».) Anne Boleyn avait écrit quand à elle écrit de sa main au folio 66 v° en vieil anglais : « ‘Be daly prove you shall me fynde To be to yu bothe lovynge and kynde » (« Sois la preuve quotidienne que tu me trouveras être à toi à la fois aimante et douce »). Tristes témoignages d’une union houleuse – qui, réprouvée par le Pape – fut la cause du schisme de l’Eglise d’Angleterre avec le reste du monde catholique et qui devait s’achever par l’exécution cruelle d’Anne Boleyn – sur fausses accusations d’adultère – dans la cour de la Tour de Londres au petit matin du 19 mai 1536.

Sur cette miniature, saint Georges est vêtu de sa croix, dont la description héraldique est d’argent à la croix de gueules. Ces couleurs furent celles des croisés (faisant également de saint Georges, leur saint protecteur) et devinrent celles de la Savoie puis le symbole propre de l’Angleterre depuis le XIVème siècle. Sa lance, plantée dans le dragon, porte la même croix. La miniature est encadrée de feuillages, fleurs et oiseaux, sur fond d’or.

Le folio en regard (f° 42 r°), porte le texte de l’antienne de saint Georges chantée en guise de commémoraison (avec verset et oraison, le début du verset termine la page), selon le rit de Sarum :

Georgi Martyr inclite, te decet laus & gloria : prædotatum militia, per quem puella Regia, existens in tristitia, coram Dracone pessimo ; te rogamus corde intimo, salvata est, & animo ut cum cunctis fidelibus, cœli jungamur civibus, nostris abluti sordibus, ut simul cum lætitia, tecum simus in gloria, nostraque reddant labia laudes Christo cum gratia.

Antienne de saint Georges selon le rit de Sarum - Livre d'Heures d'Anne Boleyn

Antienne de saint Georges selon le rit de Sarum – Livre d’Heures d’Anne Boleyn.


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